Petit hommage à M. Vincent Rodriguez


Partager sur les réseaux sociaux:

Article mis à jour le

Temps de lecture : 6 minutes

Comme beaucoup je pense, j’ai appris avec tristesse le décès de M. Vincent Rodriguez, ancien principal emblématique du lycée Blaise Pascal de Nouméa. Je me devais lui écrire quelques lignes. Voici pourquoi.

 

J’ai donc appris le décès de l’ancien principal de Blaise Pascal, lycée de Nouméa, en Nouvelle-Calédonie.

Comme beaucoup je pense, cela a été une grande tristesse. En effet, je pense que tous ceux qui, comme moi, ont fait leur scolarité là-bas au moment où il était en fonction, ont eu un pincement au cœur en apprenant la triste nouvelle.

C’était un principal connu (y compris en dehors de l’établissement) pour son charisme, sa carrure, son franc parlé, son autorité, son accent espagnol prononcé et sa pipe.

C’était définitivement un grand homme.

 

Souvenirs

M. Vincent Rodriguez a ainsi été le principal du lycée Blaise Pascal (DDEC) de 1974 à 2002.
Il a donc vu passer une quantité incroyable de jeunes adultes en devenir qui sont désormais, tous, adultes.

J’y ai fait ma scolarité et passé le bac en 1998. Oui, il y a plus de 20 ans, j’approche lentement mais sérieusement de la quarantaine, merci de ne pas me le répéter ahahaha.

A l’époque, j’avoue, je n’étais pas le meilleur étudiant du monde, loin de là. Ma scolarité n’a pas été simple, l’école m’intéressant que peu.

Alors, forcément, j’ai eu la chance (avec 20 ans de recul c’était une chance), d’avoir affaire à lui dans le cadre de mes bêtises de jeune qui se prend pour un invincible.

Le lycée Blaise Pascal, ce n’était pas comme aujourd’hui: pas de barrières énormes etc.. Alors, forcément, on arrivait à sécher la cantine pour aller chez Ulysse (c’était quand même bien mieux), ou, je ne sais pas si certains vont s’en rappeler, mais aller faire quelques parties de billard juste à côté ahahahaha

Enfin, invincible, jusqu’à ce que l’on soit convoqué au “frigo”, petit surnom de l’époque du bureau de M. Rodriguez, qui adorait mettre la climatisation relativement forte.

Je me souviendrai toujours ce premier jour où le surveillant (je ne me souviens plus de son prénom, c’est dommage) m’avait lancé “allez, au frigo!” et moi, “pourquoi le frigo?” …

Ah bah, je m’en souviens! ahahaha

M. Rodriguez était dos aux fenêtres, un grand bureau. La déco était très épurée. Et il y faisait vraiment très froid ahahaha

Autre petite anecdote qui me revient en écrivant: comme j’y allais souvent ( je sais, bravo Patrick), et que c’était l’époque des K7 de rap avec notamment le Ministère Amer, on se demandait “t’étais où?”. Si on avait été au bureau de M. Rodriguez, on avait convenu de se dire : en G.A.V (garde à vue)… Des Thug en puissance! ahahahaha

Qu’est-ce qu’on était idiots ahahahaha

 

Un homme strict, mais à l’écoute

Sur toute ma scolarité, seulement trois personnes se sont vraiment souciées de moi. Je m’en souviens et je sais que, si je suis aujourd’hui, à 37 ans, posé, marié, papa et enseignant à la DDEC, c’est vraiment en partie (importante) grâce à eux.

Il y a eu M. Mazart, que j’avais eu comme professeur de mathématiques au collège Mariotti, qui, malgré le fait que je n’étais pas à ma place dans cet enseignement classique avait décelé que j’étais bon en maths. Le genre d’enseignant qui, en dehors du comportement, du manque de travail etc, s’intéressaient vraiment aux élèves. Il m’avait convoqué un jour pour me dire qu’il lançait un cours d’informatique et qu’il voulait que je vienne. Cela a été génial, je trouvais enfin quelque chose qui me convenait dans l’enseignement.

Puis, Mme Tran, professeur d’anglais à Blaise Pascal, petit bout de femme qui, malgré mon excellent niveau en anglais et le fait que je lisais des Comics durant ces cours, prenait le temps de s’intéresser à moi, bienveillante comme jamais.

 

M. Rodriguez qui avait lui aussi compris qu’au final, je m’ennuyais plus qu’autre chose, et qui, toujours avec un ton très strict, prenait le temps de discuter.

Je ne sais pas pour les autres, mais cela a été toujours des conversations très enrichissantes. Pas de ” cris, t’es puni, dégage”. Non, on s’asseyait, on parlait.

Il impressionnait, je crois avoir rarement vu quelqu’un dégager un tel charisme, c’était imposant.

Mais il prenait le temps, parfois plus d’une heure, pour voir ce qui clochait. Bien sûr, il ne se gênait pas pour dire clairement que je pinaillais, mais c’était constructif, dans le sens où cela allait plus loin qu’un simple jugement sur les écarts de conduite, les notes ou remarques des professeurs.

La fois où je me suis retrouvé au frigo qui m’a le plus marqué, (la preuve, je m’en souviens encore), c’était quelques semaines avant le bac.

Il avait sorti les appréciations des professeurs, et forcément, bah, ce n’était pas très glorieux…
Il s’était arrêté sur la partie anglais et m’avait demandé pourquoi, puisque j’avais un excellent niveau, je ne faisais pas d’efforts.
Lire des textes de manuels ne m’intéressait pas du tout, apprendre la grammaire etc non, et il comprenait.
Là où j’ai été bluffé, c’est qu’il m’a sorti droit dans les yeux “pourtant t’es anglais”. Il avait pris un temps pour consulter mon dossier.

Cela peut paraître bête, mais personne ne s’en était inquiétée, jamais.

Il m’a fait parlé de mon histoire, mon abandon, du fait que j’ai grandit à Wallis etc.

Je ne rentre pas dans les détails, mais cela a été l’un des rendez-vous les plus touchants, pas parce qu’il avait pitié, mais parce qu’il essayait de me comprendre.

Bon, il m’a quand même dit que j’allais me planter au bac, il avait raison. Je l’ai passé au rattrapage, quel échec.

 

Mais il m’a aussi dit qu’un jour je trouverai ma voie, mais qu’il fallait que je fasse attention de ne pas trop me perdre loin de la route.

Il avait raison.
J’ai mis beaucoup de temps à la trouver, je me suis énormément trompé. Mais il avait raison.

Je suis désormais enseignant à la DDEC… Et même si je suis très loin de son charisme etc, j’essaye (et ce n’est pas simple), de reproduire ce qu’il a fait pour moi avec les nouvelles générations d’enfants…

Merci M. Rodriguez, merci énormément pour ce que vous avez fait.

 

C’était un écrivain

J’en profite pour vous parler aussi du fait qu’il avait écrit des livres. Vu que je vais les commander pour les lire, je me dis que cela peut sans doute vous intéresser également.

Deviens toi-même

Premier livre qu’il a publié en 2009, il s’agit d’un roman. Epuisé chez Amazon, on peut sans doute le trouver ailleurs (mais où?)

 

Nouvelle-Calédonie: Des tabous, du nickel et des hommes 

Publié en 2013, il est en stock sur Amazon au prix de 17 euros

 

Les leçons de vie d’un enseignant de terrain de Nouvelle-Calédonie: Roman autobiographique

Publié en février de cet année, c’est celui que j’ai hâte de lire! Disponible sur Amazon à 26 euros.

 

Les 40 ans du lycée Blaise Pascal

Et pour finir, en pensée à lui et à tous ceux qui, comme moi, ont vécu avec lui de folles aventures au lycée Blaise Pascal, voici le reportage de NC 1ere sur les 40 ans du lycée 🙂

 

 

 

 

Voilà, je me devais de lui rendre, à ma façon, par écrit sur mon blog, un dernier hommage.
Je sais que mes idées sont parties un peu dans tous les sens, que ce n’est pas une grande prose, mais c’est sorti comme c’est venu…

 

Si vous avez d’autres anecdotes avec M. Rodriguez, de cette époque à Blaise Pascal etc, prenez un temps svp pour les noter dans les commentaires.
On sera, je pense, nombreux à apprécier de les lire.

Merci,

– Patrick –

 

 

Vincent Rodriguez, Petit hommage à M. Vincent Rodriguez, @patrickjamesnc, @patrickjamesnc

Partager sur les réseaux sociaux: